Rencontre – Chloé Arcangioli, ostéopathe à Langlade et Saint-Dionisy

25 août 2026

Rencontre avec Chloé Archangioli

Ostéopathie et course à pied, prendre soin de son corps

La course à pied est une activité exigeante pour le corps, mais lorsqu’elle est pratiquée progressivement et avec une bonne préparation, elle peut tout à fait s’inscrire dans une pratique durable. L’ostéopathie et la course à pied peuvent ainsi être complémentaires, notamment pour accompagner certaines douleurs, améliorer la mobilité et aider le coureur à mieux comprendre les besoins de son corps.

Ancienne nageuse de haut niveau, Chloé Arcangioli découvre d’abord l’ostéopathie en tant que patiente, avant d’en faire sa vocation.

Diplômée en 2024, elle s’installe quelques mois plus tard (en novembre), à Langlade, où elle ouvre son premier cabinet. Elle débute son activité en accompagnant nourissons et femmes enceintes. Mais, au coeur de la Vaunage, un territoire apprécié des amateurs de course à pied pour ses nombreux parcours entre garrigue et vignobles, elle y reçoit de nombreux runneurs venus prévenir ou traiter leurs blessures.

Soucieuse de continuer à se rapprocher des pratiquants sportifs, elle installe en août 2025 un second espace de consultation au sein de Hall B, une salle de sport de 2 400 m2 à Saint-Dionisy, afin d’offrir une prise en charge encore plus accessible et complémentaire.

chloe arcangioli

Rencontre avec Chloé Arcangioli, ostéopathe à Langlade et Saint-Dionisy, qui nous aide à distinguer les idées reçues des bonnes pratiques et partage ses conseils pour courir plus longtemps, avec plaisir et sans brûler les étapes.

Vrai ou faux ? Courir est mauvais pour le dos.

Chloé A. Faux ! La course à pied, pratiquée de manière régulière et modérée, est même plutôt bénéfique. Elle agit comme un stimulateur pour les disques intervertébraux et aide à renforcer les muscles paravertébraux, les abdominaux et les fessiers, qui participent à la stabilité du rachis. Les cycles de compression-décompression favorisent également la nutrition des disques intervertébraux en oxygène. Les coureurs réguliers souffrent d’ailleurs statistiquement moins de maux de dos que les personnes sédentaires.

En revanche, la course peut aggraver une douleur dorsale déjà existante lorsque la charge d’entraînement est excessive ou augmente trop rapidement, que la technique de course est inadaptée ou qu’il existe un déficit de force ou de contrôle du tronc. Certaines pathologies spécifiques, comme une fracture de fatigue, une hernie discale symptomatique ou une spondylolyse, peuvent également être en cause.

Vrai ou faux ? Courir régulièrement fragilise les os.

Chloé A. Faux ! Au contraire, les impacts répétés de la course génèrent une stimulation mécanique qui favorise la formation osseuse et augmente, ou maintient, la densité minérale osseuse. Ces impacts contribuent également à consolider les cartilages et les structures articulaires.

Attention toutefois à la charge d’entraînement. Une pratique excessive, une récupération insuffisante ou un déficit énergétique lié à des apports nutritionnels insuffisants peuvent favoriser les fractures de fatigue. Dans ce cas, le problème vient d’un déséquilibre entre les contraintes exercées et la capacité d’adaptation de l’os, plutôt que de la course elle-même.

Les étirements avant/après course sont-ils utiles ou contre-productifs ?

Chloé A. Ça dépend du moment et du type d’étirements. Avant la course, les étirements statiques prolongés, qui consistent à maintenir une même position pendant 30 à 60 secondes, sont plutôt déconseillés juste avant l’effort, car ils peuvent diminuer temporairement la force et la puissance musculaire. Il est préférable de privilégier un échauffement dynamique, avec de la mobilité articulaire, des montées de genoux, des talons-fesses ou encore des accélérations progressives.

Après la course, les étirements statiques peuvent être réalisés pour améliorer ou maintenir la souplesse et la mobilité. En revanche, ils n’ont pas montré de réelle efficacité pour réduire les courbatures ou prévenir les blessures.

Comment notre corps absorbe-t-il les impacts de la course à pied ?

Chloé A. Grâce à l’action coordonnée de plusieurs mécanismes complémentaires. À chaque foulée, le corps absorbe et répartit les impacts grâce à différents éléments :

  • Les muscles et les tendons : ils dissipent une grande partie de l’énergie en agissant comme de véritables ressorts.
  • Les articulations : elles fléchissent pour répartir progressivement les contraintes.
  • Les os et les cartilages : ils supportent les charges et s’adaptent au fil du temps grâce au remodelage osseux.
  • Les disques intervertébraux : ils participent à l’absorption et à la répartition des contraintes au niveau de la colonne vertébrale.

La technique de course, la force musculaire, la vitesse, mais aussi le terrain sont autant de facteurs qui influencent la manière dont ces forces sont absorbées et réparties par le corps.

course à pied

Le renforcement musculaire est-il indispensable ? Quels muscles renforcer en priorité ?

Chloé A. Oui, le renforcement musculaire est fortement recommandé pour les coureurs. Il permet notamment de :

  • Améliorer l’économie de course
  • Diminuer le risque de blessures
  • Augmenter la capacité du corps à supporter les contraintes liées à l’entraînement

Certains groupes musculaires sont particulièrement importants à renforcer :

  • Les fessiers (grand et moyen fessier) : essentiels pour la stabilité du bassin et la propulsion.
  • Les mollets (triceps sural) : ils absorbent et restituent une grande partie de l’énergie à chaque foulée.
  • Les quadriceps et les ischio-jambiers : ils participent à la propulsion, au contrôle des appuis et à l’absorption des impacts.
  • La sangle abdominale : elle contribue à améliorer la stabilité du rachis et le contrôle du corps pendant la course.

Le bassin joue-t-il un rôle central dans la qualité de la foulée ?

Chloé A. Oui, le bassin joue un rôle essentiel dans la qualité de la foulée. Il constitue un véritable point de transmission des forces entre le haut et le bas du corps. Sa stabilité permet ainsi de mieux contrôler les mouvements et d’optimiser l’efficacité de chaque appui.

Un bassin bien contrôlé permet notamment :

  • D’améliorer la stabilité pendant la phase d’appui.
  • D’optimiser la transmission des forces et l’efficacité de la propulsion.
  • De limiter les mouvements parasites, qui peuvent augmenter les contraintes exercées sur les genoux, les hanches ou encore le rachis.

Cette stabilité repose principalement sur la force et le contrôle des muscles fessiers, des abdominaux et des muscles lombaires. Un bassin stable permet ainsi une foulée plus efficace et mieux maîtrisée, tout en favorisant une répartition plus harmonieuse des contraintes sur l’ensemble du corps.

Y a-t-il des précautions particulières pour les coureurs qui reprennent après une longue pause ?

Chloé A. Oui ! Dans toutes ces situations, une reprise progressive et adaptée est indispensable. Après une longue pause, une grossesse, une blessure ou avec l’avancée en âge, le corps doit progressivement retrouver sa capacité à supporter les contraintes liées à la course.

Quelques précautions sont particulièrement importantes :

  • Reprendre progressivement le volume et l’intensité, avec une alternance marche/course si nécessaire.
  • Éviter d’augmenter trop rapidement la charge d’entraînement afin de limiter le risque de blessures de surcharge.
  • Mettre en place un renforcement musculaire adapté, notamment des membres inférieurs, des fessiers et de la sangle abdominale.
  • Respecter les temps de récupération, en accordant une attention particulière au sommeil, au repos et à l’alimentation.
  • Rester attentif aux signaux d’alerte, comme une douleur persistante ou une fatigue inhabituelle.

Après une grossesse ou une blessure, un bilan avec un professionnel de santé peut être recommandé avant la reprise, notamment afin d’évaluer la stabilité du bassin, la sangle abdominale, le plancher pelvien et les capacités fonctionnelles. L’objectif est de permettre au corps de retrouver progressivement ses capacités et de reprendre la course dans les meilleures conditions.

Quelles sont les blessures les plus fréquentes liées au running que vous traitez ?

Chloé A. Parmi les blessures les plus fréquemment rencontrées chez les coureurs, certaines concernent particulièrement le genou et le pied.

  • Le syndrome fémoro-patellaire : il correspond à une irritation de la zone située entre la rotule et le fémur, souvent liée à un mauvais contrôle des contraintes au niveau du genou. Il se manifeste généralement par une douleur diffuse à l’avant du genou, notamment lors de la course, des escaliers ou des flexions.
  • Le syndrome de l’essuie-glace : il est lié au frottement répétitif de la bandelette ilio-tibiale sur la partie externe du genou, à la manière d’un essuie-glace sur un pare-brise. La douleur, souvent vive et localisée sur le côté extérieur du genou, apparaît généralement après un certain temps de course et peut contraindre le coureur à s’arrêter.
  • L’aponévrosite plantaire (ou fasciite plantaire) : elle correspond à une irritation de l’aponévrose qui soutient la voûte plantaire sous le pied, souvent en lien avec des sollicitations répétées. Elle provoque principalement une douleur sous le talon ou au niveau de la voûte plantaire.

Comment l’ostéopathie intervient-elle dans le traitement de ces blessures ?

Chloé A. L’ostéopathie est une approche complémentaire qui s’intègre dans une prise en charge globale du coureur. Elle peut intervenir à différentes étapes, notamment pour soulager les symptômes et favoriser un retour progressif à une fonction optimale. Elle intervient principalement pour :

  • Diminuer les douleurs, grâce à des techniques manuelles adaptées.
  • Améliorer la mobilité des articulations et des tissus.
  • Identifier d’éventuelles restrictions de mobilité pouvant contribuer à entretenir les douleurs ou à perturber la mécanique de course.
  • Accompagner la reprise de la course, notamment en apportant des conseils sur la gestion des charges d’entraînement et les exercices adaptés.

Il est toutefois important de rappeler que l’ostéopathie ne traite pas à elle seule une blessure. La prise en charge repose avant tout sur une adaptation de l’entraînement, un renforcement musculaire progressif et, selon les situations, un travail de rééducation adapté.

En résumé, l’ostéopathie peut contribuer à soulager les symptômes et à améliorer la mobilité et la fonction. Elle prend tout son intérêt lorsqu’elle s’inscrit dans une prise en charge globale et multidisciplinaire, adaptée aux besoins du coureur et fondée sur les données scientifiques disponibles.

ostéopathie

Quels signaux du corps doivent alerter un coureur pour consulter rapidement plutôt que d’attendre ?

Chloé A. Certaines douleurs ne doivent pas être banalisées chez le coureur. Une douleur intense apparaissant brutalement, qui empêche de courir ou de marcher normalement, doit inciter à consulter rapidement. Il en va de même pour une douleur qui persiste ou s’aggrave malgré quelques jours de repos, ou qui devient présente au quotidien. Un gonflement important, une déformation ou une perte de mobilité d’une articulation sont également des signes d’alerte. Une douleur très localisée au niveau d’un os, particulièrement lorsqu’elle augmente à l’impact, peut notamment évoquer une fracture de fatigue et nécessite un avis médical. Enfin, l’apparition de signes neurologiques comme des engourdissements, une perte de force ou des douleurs irradiantes, ainsi qu’une douleur accompagnée de fièvre ou d’une rougeur importante, doivent conduire à consulter sans attendre.

De manière générale, une douleur qui modifie la foulée, persiste plusieurs jours ou s’accompagne de signes inhabituels ne doit pas être ignorée. Une prise en charge précoce permet souvent d’éviter l’aggravation de la blessure et un arrêt prolongé de la course.

À quelle fréquence un coureur, débutant ou confirmé, peut-il consulter un ostéopathe à titre préventif ?

Chloé A. Il n’existe pas de fréquence obligatoire ou idéale pour consulter un ostéopathe à titre préventif : cela dépend avant tout du profil, des antécédents et des besoins de chaque coureur.

Chez un coureur débutant, une consultation peut être pertinente lors de la reprise de la course, en cas de douleurs persistantes ou encore lors d’une augmentation importante du volume d’entraînement. Pour un coureur confirmé, une consultation préventive peut être envisagée ponctuellement, notamment lors de périodes de fortes charges d’entraînement : préparation d’une course, changement d’objectif ou reprise après une blessure.

L’objectif n’est pas de chercher à prévenir toutes les blessures grâce à des consultations régulières, mais plutôt de détecter d’éventuelles restrictions de mobilité, d’accompagner la récupération et d’optimiser la fonction du corps, en complément d’une bonne gestion de l’entraînement.

La fréquence des consultations doit donc être individualisée en fonction de l’historique des blessures, de la charge d’entraînement, des objectifs et des éventuels symptômes. Dans tous les cas, une consultation est surtout pertinente lorsqu’une gêne ou une douleur apparaît.

L’ostéopathie peut-elle améliorer la performance, ou son rôle est-il uniquement préventif et curatif ?

Chloé A. L’ostéopathie peut contribuer indirectement à la performance, mais elle ne constitue pas un outil d’amélioration directe des capacités physiques. Son rôle principal reste préventif et curatif, notamment pour :

  • Réduire certaines douleurs et gênes fonctionnelles
  • Améliorer la mobilité articulaire et la qualité des mouvements
  • Favoriser une meilleure récupération après des contraintes importantes

Chez le coureur, une meilleure mobilité et un équilibre musculo-squelettique optimal peuvent contribuer à améliorer l’efficacité du geste sportif et l’économie de course. En revanche, l’ostéopathie n’augmente pas directement la VO2 max, la force musculaire ou l’endurance.

En conclusion, l’ostéopathie peut être un accompagnement intéressant pour optimiser les conditions de performance, mais les principaux leviers restent l’entraînement, le renforcement musculaire, la récupération, le sommeil et la nutrition.

Si vous ne deviez donner qu’une seule règle d’or à un coureur pour préserver son corps sur le long terme, quelle serait-elle ?

Chloé A. Écouter son corps et respecter une progression adaptée. La règle d’or pour durer en course à pied est simple : ne jamais augmenter les contraintes plus rapidement que la capacité d’adaptation du corps.

Cela signifie :

  • Augmenter progressivement le volume et l’intensité de l’entraînement.
  • Alterner les phases de charge et de récupération.
  • Ne pas banaliser une douleur persistante.
  • Entretenir régulièrement sa force musculaire et sa mobilité.

Un coureur qui progresse régulièrement, sans brûler les étapes et en restant attentif aux signaux de son corps, maximise ses chances de courir longtemps, avec plaisir et en limitant le risque de blessure.

ostéopathie et course à pied

Existe-t-il des idées reçues sur l’ostéopathie et la course à pied que vous aimeriez déconstruire auprès de vos patients ?

Chloé A. Oui, plusieurs idées reçues reviennent régulièrement chez les coureurs. La première est sans doute qu’« il faut aller voir l’ostéopathe régulièrement, même quand on n’a rien ». Cette idée repose sur la représentation selon laquelle le corps aurait besoin d’être régulièrement « remis en place », notamment parce qu’une vertèbre ou une articulation serait « déplacée » ou « sortie de son axe ». Or, le corps ne fonctionne pas comme une mécanique qu’il faudrait réaligner régulièrement.

Autre idée reçue : « une douleur en course vient forcément d’un problème mécanique qu’il faut corriger ». Une douleur ne se résume pas nécessairement à un blocage, un manque de mobilité ou un déséquilibre articulaire. De la même manière, une séance d’ostéopathie ne permet pas de corriger définitivement une posture ou une asymétrie : le corps évolue et s’adapte en permanence.

Il existe également l’idée que « l’ostéopathe peut déterminer exactement l’origine d’une douleur simplement en palpant ». L’examen clinique et la palpation peuvent apporter des informations, mais ils ne permettent pas, à eux seuls, d’établir l’origine précise de toutes les douleurs.

Enfin, « après une séance, il faut forcément arrêter de courir plusieurs jours » est également une idée reçue. La reprise dépend du contexte, des symptômes et du type de prise en charge. De même, être asymétrique n’est pas nécessairement problématique : toute différence entre les deux côtés du corps n’est pas une anomalie à corriger.

Et surtout, l’ostéopathe ne remplace ni le médecin, ni le kinésithérapeute, ni le travail de renforcement. La prise en charge d’un coureur doit rester globale et adaptée à sa situation.

Un dernier message que vous aimeriez transmettre aux lecteurs sur le lien entre corps, ostéopathie et course à pied ?

Chloé A. « Le corps est un système d’adaptation, pas une machine à réparer. »

La course à pied est une activité exigeante, mais naturellement adaptée à l’être humain lorsque la progression est respectée. Le rôle de l’ostéopathie est d’accompagner le coureur dans cette adaptation, notamment en contribuant à améliorer son confort, sa mobilité et sa fonction.

Le plus important reste d’apprendre à écouter ses sensations, respecter les phases de récupération et entretenir ses capacités physiques grâce à un entraînement progressif et un renforcement adapté.

Un corps bien préparé, compris et entretenu permet de courir plus longtemps, avec davantage de plaisir et moins de contraintes. L’objectif n’est pas de rechercher un corps « parfait », mais un corps capable de s’adapter durablement à la course.

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